Lutter contre les infections, 20 ans d'avance, de recherche et de surveillance permanente au service des patients. Un travail sans relâche mené par le Dr ROUX et son équipe.
Dr. Chantal BAUDIN.
Le premier chirurgien en 1991 au CHR de Metz Thionville qui m’ait contacté dès la première semaine de ma nomination en tant que praticien hygiéniste au CHR est le Dr ROUX : il souhaite que les pratiques au bloc opératoire soient auditées et que les infections de tous les patients opérés soient surveillées…. démarche absolument novatrice.
A l’époque, les mots infections nosocomiales ne faisaient pas partie du vocabulaire admis par les chirurgiens, pourquoi donc prévenir et lutter contre les infections puisqu’elles n’existaient pas ?
Sauf que dans ce service, avant d’affirmer cela le Dr ROUX souhaitait mesurer objectivement les taux d’infections nosocomiales, toutes infections confondues et bien sur en particulier les infections de site opératoire.
Cette dynamique de prévention a été menée en continu, adossée à un chef de service moteur et fédérateur pour toute l’équipe chirurgicale, médicale et soignante. Dans ce type de chirurgie, le risque de complication infectieuse est important, en lien avec les facteurs de risques présentés par les patients. L’obésité, le diabète, les broncho pneumopathies sont autant de facteurs qui augmentent significativement les risques d’infection. Il faut savoir que le risque zéro n’existe pas mais que les mesures de prévention déployées tentent à réduire la part évitable de ces infections.
La préparation soigneuse de l’opéré par des douches antiseptiques, dès 1993 la dépilation par tondeuse en remplacement du rasoir (qui favorise les excoriations cutanées et donc les infections postopératoires); ont été autant de mesures qui ont contribué à maintenir des résultats de haute qualité dans ce service.
Des études américaines démontrent également qu’une vigilance permanente couplée à une surveillance continue contribue également à réduire les infections, nous l’avons prouvé dans ce service.
Pendant 20 ans, chaque dossier de patient opéré est analysé, détaillé, par les infirmières relais, les cadres, les chirurgiens et les médecins du service. Ceci nous a permis de mesurer les taux d’infections et d’informer l’équipe sur la qualité des résultats obtenus : des taux de médiastinites inférieurs à 1% depuis plusieurs années, aucune en 2009.
Il est d’ailleurs regrettable que ces résultats n’aient jamais été mentionnés dans les comptes rendus des différents experts. Ces taux d’infection sont de réels indicateurs de résultats de qualité des soins dont la pertinence est reconnue au niveau national.
Le chef de service utilisait ces données comme outil de pilotage de son service, l’objectif étant de se maintenir en continu en deçà des bornes nationales : objectif atteint et mieux encore pendant toutes ces années. Un souci de transparence sur ces résultats pour lesquels nous avons communiqué également bien sur vers les patients mais aussi dans de nombreux congrès professionnels au niveau national et régional.
Cette surveillance prend du temps et, en 2007 au moment où j’ai réduit mon activité d’hygiéniste au CHR, j’ai suggéré au Dr ROUX de réduire cette surveillance. Il s’est opposé à toute surveillance « allégée », je me suis heurtée à un refus catégorique car il était toujours en quête d’une mesure permanente de la qualité : « Rien n’est jamais acquis en matière de prévention, et pas question de relâcher la vigilance ».
Mais ces résultats ne sont pas le fruit du hasard. Cela fait presque 20 ans que l’ensemble des professionnels de ce service, sous l’impulsion du Dr ROUX, s’impliquent au quotidien pour appliquer à la lettre les protocoles d’hygiène, les améliorer, les évaluer afin de mesurer la progression de leur pratiques de prévention, une dynamique sans faille pour une exigence de résultats et de performance.
Dans le domaine de l’évaluation des pratiques professionnelles, nous avons obtenu un prix médical au congrès national de la Société Française d’Hygiène Hospitalière en 2010 suite à un travail pluridisciplinaire mené au sein de l’équipe dans le domaine de la prévention des infections. Là encore, aucune référence à ce prix national dans les rapports d’expertise.
Au total, un travail au long cours pour maitriser tout ce qui peut être évitable en matière de risque infectieux. Cette vigilance contre les infections nosocomiales, guidée par le chef de service le Dr ROUX, ne s’est jamais essoufflée ni relâchée. La décision qui frappe ce chirurgien reste incompréhensible et injustifiée et je l’assure de mon fidèle soutien.
Dr Chantal BAUDIN, praticien hygiéniste.
Fait à Metz le 29/08/2011