Le Dr. Michel Boursier, seul cardiologue auditionné, se dit trahi par le rapport d'expert et attribue l'augmentation de la mortalité à la réanimation post-opératoire.
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Dr. Michel Boursier
Dr. Pierre Michel ROUX
29 Enjurue
57000 METZ
Metz, le 10 Novembre 2010
Cher ami,
Les récentes mesures de suspension assorties d'une médiatisation outrancière ont provoqué une sidération de la communauté médicale. Vient ensuite le temps de la réflexion et de l'indignation devant ces pratiques.
Je découvre dans la presse des affirmations sur la prise en charge des malades qui ne correspondent en rien à la réalité et tout particulièrement :
"Le manque parfois de justification collégiale ce qui amènerait à ne retenir que l'optique de la chirurgie. La pertinence des actes chirurgicaux pose problème."
Arrivé à Bon Secours en 1986 je pense être un observateur privilégié puisque tu opères depuis plus de 20 ans les malades qui passent par le service de cardiologie. Je suis de plus le seul cardiologue auditionné lors de la première mission (15 minutes le 20/09/10) par les experts médicaux qui seraient à l'origine des prises de position du Dr. Grall. Par conséquent je ne comprends pas sur quelles données sont fondées ses affirmations que je démens formellement, et qui trahissent le contenu du court entretien que j'ai eu avec les experts.
En effet les malades chirurgicaux simples nous sont le plus souvent adressés par leur cardiologue traitant pour bilan préopératoire et décision thérapeutique. Ils sont donc adressés en consultation chirurgicale sur le double avis des cardiologues traitant et hospitalier. Les urgences ont toujours été discutées dans le service entre un cardiologue sénior et le chirurgien de garde ou celui qui est disponible sans délai, ce fonctionnement évitant tout retard dans la prise en charge du malade.
Le staff mensuel des malades graves, insuffisants cardiaques, nous permettait de rechercher en commun la meilleure prise en charge à proposer à ces patients à haut risque, avec une espérance de vie limitée. C'est bien sûr l'équipe de cardiologie qui soumettait les dossiers après avoir optimisé les traitements médical et médico-interventionnel ou déjà référé au CHU de Nancy les cas relevant d'une éventuelle greffe cardiaque. C'est bien une démarche collégiale qui permettait l'orientation des patients et justifiait leur prise en charge chirurgicale. La proximité de nos services et la grande disponibilité de chacun autorisait ces discussions rapides et efficaces, que les grandes structures universitaires ne connaissent pas, privilégiant les staffs institutionnels plus utiles à l'enseignement des étudiants qu'au patient. Si la pertinence des catés chirurgicaux doit être mise en cause c'est toute la filière médico chirurgicale qui doit être expertisée.
Concernant l'augmentation de la mortalité, nous savons tous que les modifications structurelles du service chirurgie cardiaque qui a perdu le contrôle de la réanimation post-opératoire se sont accompagnées d'une dégradation des résultats contre laquelle tu nous avais toujours mis en garde, t'opposant depuis longtemps aux tentatives de réunion des deux réanimations. Nous avons tous espéré que cette phase de transition serait la plus courte possible.
Le recrutement du pôle de cardiologie est essentiellement tributaire de l'organisation des cardiologues libéraux dont les plus jeunes, formés dans le service, se sont regroupés en SEL comprenant plus de dix cardiologues. Ils ont décidé pour des raisons très différentes de la prise en charge chirurgicale, de travailler en exclusivité avec la clinique qui met à disposition l'ensemble de son plateau technique où ils réalisent eux-mêmes les explorations invasives de leurs patients. Ces changements sélectionnent un recrutement d'urgences et de malades graves à l'hôpital public ce qui n'autorise aucune comparaison de résultats sur des populations si différentes.
A titre personnel depuis 25 ans je n'ai jamais entendu nos correspondants se plaindre de la prise en charge chirurgicale et il est évident que lorsqu'ils nous adressaient leur patients, c'est à l'équipe médico chirurgicale qu'ils les confiaient.
Je t'assure, cher ami, de ma solidarité professionnelle et amicale.
Je sais que ce document pourra être lu en cours d'audience et atteste sur l'honneur de la véracité de mes propos.

